EADS : Objectif atteint
Forces : carnet de commandes très rempli, trésorerie largement positive
Faiblesses : Sensible aux budgets Défense, exposition aux changes
Raisons de la Recommandation :
Au tout début 2011 nous avions souligné qu’il fallait commencer à anticiper sur les comptes de 2012, qui devraient témoigner d’une amélioration de la rentabilité. Nous avions noté que progressivement les choses se normalisaient dans le groupe, que ses perspectives industrielles plus favorables devraient largement compenser les difficultés encore existantes, mais dont il semblait sortir. Nous avions alors comme objectif un cours de 24 à 25 €, nous y sommes. Dès lors, que faut-il penser de la situation de l’entreprise ?
Le carnet de commandes d’Airbus, qui compte pour les deux tiers dans le groupe, s’est considérablement étoffé l’an dernier notamment lors du Salon du Bourget au printemps puis avec des commandes américaines dans l’été, en grande partie grâce à l’A320 NEO ; le groupe avait alors enregistré plus de 1000 commandes en quelques semaines, et au final, sur l’exercice 2011, ce sont plus de 1400 commandes qui ont été enregistrées, à comparer aux 800 du concurrent Boeing ; son carnet de commandes total porte sur plus de 4400 appareils soit un chiffre d’affaires de près de 600Md€. Or, étant donné que parmi ces commandes celles qui émanent des Etats-Unis font que l’activité qui sera réalisée là-bas représentera autant de production en moins qui souffrira de la faiblesse du dollar, en attendant qu’une chaîne d’assemblage y soit créée.
Quant aux autres divisions, si la filiale d’aviation régionale ATR remporte elle aussi des commandes et dispose de trois ans d’activité, la branche défense, elle, est bien entendu impactée par les économies que les Etats s’efforcent de réaliser dans leurs budgets militaires ; c’est pourquoi le groupe a entrepris de compenser cette faiblesse par une accélération dans les autres activités, qu’il s’agisse des hélicoptères ou du spatial. Pour ce faire, et signe de sa vitalité retrouvée, il a, au cours de l’an dernier, procédé à plusieurs reprises à des opérations de croissance externe pour près de 1,5 Md€. Au printemps, il a racheté pour 450 m€ le canadien Vector, spécialisé dans la maintenance et les réparations d’hélicoptères ; cette société apporte des complémentarités à sa filiale Eurocopter, qui vient d’annoncer un chiffre d’affaires en hausse de 13 % à 5,4 Md€ avec un résultat opérationnel supérieur au précédent ; elle lui apporte aussi une rentabilité plus élevée ce qui n’est pas pour déplaire, d’autant que la part des services sera accrue et représentera en année pleine autour de 40 % du chiffre d’affaires de cette branche. Dans l’été, il a fait l’acquisition coup sur coup de trois sociétés, l’une spécialisée dans le contrôle aérien (Metron Aviation), une autre dans la fourniture de pièces détachées (le danois Satair), et la dernière dans la communication par satellites (Vizada). Il faut dire qu’avec une trésorerie pléthorique, le groupe peut envisager un programme d’acquisitions conséquent ; il faut cependant relever que ces achats, bien que d’une taille modeste pour lui, apportent tous de complémentarités à ses différentes activités.
Deux handicaps sont à mentionner dans ce tableau assez satisfaisant ; tout d’abord le fait que les fournisseurs d’Airbus risquent d’avoir du mal à suivre pour faire face à cet afflux de commandes, et créent des goulets d’étranglement qui pourraient freiner la rentabilité ; d’autre part, le risque de change reste toujours difficile à appréhender, d’autant que l’échéance de beaucoup de livraisons se situe vers 2017 ; d’ici-là, où sera le dollar et comment se couvrir ? Une réponse au moins partielle réside toujours dans l’ouverture de chaînes de production en zone dollar, mais elle ne semble pas d’actualité. Pour être complet, précisons que le successeur du dirigeant actuel devrait être nommé très prochainement, et l’on ne peut que souhaiter que sa nomination ne renvoie pas l’ensemble à ses vieux démons.
Objectifs de cours :
Les résultats commerciaux obtenus ces dernières années ne se renouvelleront pas cette année, et peut-être tant mieux, mais ils devraient laisser la place à l’amélioration de la rentabilité, comme l’a confirmé le groupe récemment. Si les comptes 2011 peuvent encore être impactés par des charges exceptionnelles ou des variations de change, c’est bien sur ceux de 2012 qu’il faut se concentrer, après quoi la rentabilité devrait continuer de s’apprécier.
Après une hausse assez rectiligne du cours de l’action depuis quelques mois, il se pourrait que des prises de profits se manifestent, notamment à la publication des résultats 2011, ce qui semble logique voire souhaitable. Un actionnaire de long terme ne devra pas s’en émouvoir, et il faudra savoir profiter d’un éventuel repli pour acheter le titre, avec pour objectif un cours vers 30 € dans un an ; il représenterait un PER de 13 fois le bénéfice estimé pour 2013, tout à fait envisageable, puisqu’au cours actuel de 25 €, celui estimé pour 2012 l’est 14 fois. Nous sommes acheteurs de l’action sur tout repli du cours.
Marc Bouche
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