2012-Sarkozy veut recycler la PPE, encadrer les hautes rémunérations
22/02/2012 | 22:25
* Sarkozy entre dans le vif du sujet "travail"
* Il promet aussi de supprimer les retraites-chapeau
* Il reproche au PS de n'avoir pas voté le MES
par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou
Nicolas Sarkozy a
proposé mercredi soir d'augmenter les bas salaires en recyclant
la prime pour l'emploi (PPE) et en relevant la fiscalité sur les
revenus financiers et promis d'encadrer les rémunérations des
patrons de grandes entreprises.
Le président de la République, candidat à un second mandat
et invité du journal de 20h00 sur France 2, a aussi de nouveau
promis de sévir contre les "retraites-chapeau" et les parachutes
dorés que s'octroient ces dirigeants.
Le chef de l'Etat, toujours à la traîne dans les sondages
derrière son adversaire socialiste, François Hollande, est
ainsi véritablement entré dans le vif du sujet en ouvrant une
séquence de sa campagne axée sur la question du travail.
La PPE, créée il y a une dizaine d'années pour encourager le
retour à l'emploi et qui rapporte à six millions de salariés
modestes un supplément de revenu de 450 euros en moyenne par an,
"ne marche pas", a-t-il estimé. "Je fais la proposition aux
Français de réformer complètement la prime pour l'emploi."
Ce redéploiement des 2,5 milliards d'euros de la PPE,
assorti d'un alignement de la fiscalité des dividendes sur celle
des revenus du travail, permettra de financer quatre milliards
d'euros d'allègement de charges salariales, a-t-il poursuivi.
"Ce qui permettrait d'augmenter le salaire d'un peu moins de
1.000 euros par an" pour quelque sept millions de salariés
gagnant entre un et 1,2 smic (entre 1.200 et 1,450 euros par
mois), a précisé Nicolas Sarkozy, selon qui cette mesure
n'aggravera pas d'un centime les déficits publics.
Cette mesure permettrait de corriger les dernières mesures
décidées par le chef de l'Etat pour améliorer la compétitivité
des entreprises françaises, qui réduisent les charges patronales
sans toucher aux cotisations sociales des salariés.
DÉBLOQUER L'EMPLOI
Il s'agit de faire en sorte que le travail "soit davantage
rémunéré que l'assistanat" et que "tout le monde soit encouragé
à reprendre un travail", a fait valoir le chef de l'Etat.
Il a aussi repris à son compte une proposition de l'UMP
visant à imposer aux bénéficiaires du revenu de solidarité
active (RSA) sans emploi et sans formation de faire sept heures
de travail d'intérêt général par semaine payées au smic.
Cette mesure sera assortie d'une évaluation annuelle de la
situation du bénéficiaire du RSA. "Est-ce qu'il recherche un
emploi ? Est-ce qu'il suit une formation ? Est-ce qu'il a fait
le travail d'intérêt général ? S'il n'y a pas de problème, il
continuera à avoir le RSA", a-t-il expliqué.
Pour "débloquer l'emploi des jeunes", le chef de l'Etat a
promis de faire en sorte que la troisième année de baccalauréat
professionnel soit systématiquement effectuée en apprentissage
en alternance dans des entreprises. "Ça ferait 250.000 jeunes de
plus en entreprises", a-t-il souligné.
Nicolas Sarkozy a par ailleurs renoué avec un des thèmes
qu'il avait évoqués en pleine crise financière de 2008-2009 et
promis de corriger le sentiment d'injustice des Français
vis-à-vis des très hautes rémunérations.
"Il y a une infime minorité, qui a beaucoup choqué les
Français en faisant vraiment n'importe quoi", a-t-il dit. "J'ai
pensé un moment qu'on pouvait en appeler à la responsabilité
(...) Mais il y a une partie des dirigeants qui ne veulent pas
comprendre que le monde d'aujourd'hui est différent, qu'il y a
des choses qui choquent et qu'on ne peut pas accepter."
Il a ainsi proposé que les rémunérations des plus hauts
dirigeants soient désormais votées non par le conseil
d'administration mais par l'assemblée générale des actionnaires.
Ces rémunérations devront être rendus publiques et les
salariés de l'entreprise auront systématiquement un représentant
au sein du comité qui les fixe, a-t-il ajouté.
MOSCOVICI RÉPOND À SARKOZY
Il a aussi promis de supprimer par la loi les
"retraites-chapeau" et autres "parachutes dorés" que s'octroient
les plus hauts dirigeants des grandes entreprises.
Il a reconnu qu'il pensait à la possibilité de l'échec et
esquissé un mea culpa qui pourrait prendre place dans un livre,
dont il a cependant refusé de confirmer la préparation.
"J'ai essayé de me donner le plus de mal possible (...) Tout
n'a pas fonctionné", a-t-il dit. "J'ai appris ma fonction de
président"(voir aussi ).
Le chef de l'Etat s'en est pris à plusieurs reprises à
François Hollande et aux socialistes, auxquels il a notamment
reproché de s'être abstenus lors du vote ratifiant le traité
instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES), censé
prévenir des crises comme celle de la dette grecque.
"Hier à l'Assemblée nationale, je pensais que l'ensemble de
la représentation nationale voterait à l'unanimité le traité
européen", a-t-il déclaré. "M. Hollande et ses amis se sont
abstenus, c'est-à-dire que même l'Europe devient quelque chose
où ils ne s'engagent pas parce que c'est moi qui le propose."
"Quand vous pensez que c'est la fille de Jacques Delors,
grand européen, qui est à la tête du Parti socialiste et le
Parti socialiste s'abstient !" a-t-il ajouté en faisant allusion
à la première secrétaire du PS, Martine Aubry.
Le directeur de campagne de François Hollande lui a pour sa
part reproché de n'avoir pas pris les mesures de moralisation du
capitalisme qu'il propose pendant son actuel quinquennat.
"Le plus simple quand même, c'est de le faire avec la gauche
parce qu'en réalité il reprend là des propositions qui sont
exactement les nôtres", a dit Pierre Moscovici sur France 2.
"Il y a quand même un mot qui manque dans le discours du
président de la République, c'est l'investissement et
l'investissement pour l'emploi", a-t-il ajouté.
Voir aussi l'ENCADRE propositions de Sarkozy
(Edité par Patrick Vignal)